« Ozanana », nous irons

Manipulé, humilié, démoli
Haïti, mon pays, n’est plus un pays
Sans gouvernail, un bateau à la dérive
Errant, à la recherche d’une complaisante rive
Chamboulé dans tous les sens par les flots et le vent
Évitant le fond, grâce à des bouées parfois malséantes
L’équipage a vraiment perdu le nord
Les passagers se jettent par-dessus bord
Tout ce qu’on est a été retiré de notre mémoire
Notre passé rejeté, l’avenir semble dérisoire
De tout ce qu’on a, nous avons été dépossédés
Se régalant de tout ce qui nous a été donné
L’amour fauve nous est imposé en mode de vie
Glorifié, l’amour-propre tue l’amour de la patrie
Qu’en est-il, hélas! de l’amour du prochain?
Noyé naturellement par l’appât du gain
L’immoralité bâtit son royaume et étend sa royauté
Rendant l’être vilain, détruisant, de peuple notre personnalité
Ainsi, se confondent naïveté et sentiment patriotique
La fraternité, la solidarité deviennent mépris
Pour cette terre, l’amour est un faux projet
Qui nous éloigne l’un de l’autre, à grands jets
On s’affirme que par la méfiance envers l’autre
L’enfer, c’est les autres, c’est plutôt nous autres
Le pis, la raison du plus fort se fait loi
Les victimes, n’y trouvant pas le secours des « loas »
Implorent à genoux, les bras en croix, le ciel
Espérant qu’un jour, entre eux, disparaîtra le fiel
Ils attendent, longtemps, trop longtemps cette délivrance
Car, le prix à payer pour les écarts, c’est la souffrance
Pourtant les métèques d’ailleurs y trouvent le ciel
Un ciel doux comme le sirop miel
Pour ce chaud soleil, ils viennent, ils reviennent
C’est là qu’ils se parlent et qu’ils se comprennent
Sous ce ciel bleu, sans frontière, ils découvrent enfin la race humaine
Des autres, loin de la marchandise et du fric poussant à la haine
Et alors, à rêver, je m’y mets de nouveau
M’évitant de voir le pays s’en aller à vau-l’eau
Je rêve d’un pays où les gens, sans crainte, se parlent
Je rêve d’un pays où les gens, dans les yeux, se regardent
Je rêve d’un pays où, malgré les différences, les gens se ressemblent
Je rêve d’un pays où, malgré les divergences, les gens se rassemblent
Parce que, en tout, le pays sera avant tout
Et pour ce pays de rêve, d’amour je serai fou
Au son du ronflement des bambous
Au rythme du grondement des tambours
Nous danserons dans les bandes de mardi-gras
Nous nous déhancherons dans les bandes de « rara»
Nous chanterons ensemble Hosanna
Enfin! nous serons tous « Ozanana »